PLAYER LMC

Lucienne Fabre-Sébart, Résistante, enfin décorée de la Légion d'Honneur

Lucienne Fabre-Sébart, Résistante, enfin décorée de la Légion d’Honneur

Pour retrouver son interview du 7 mai 2013, cliquer ICI. (Histoire-mémoire-Résistance, un exemple, Lucienne Fabre-Sébart)

Le 27 mai 2017 LMC RADIO.FR était présente pour prolonger le travail de mémoire et d’histoire engagé en 2013, à Angicourt, lors de la cérémonie de remise de la Légion d’Honneur à Lucienne Fabre-Sébart en présence de Monsieur le Préfet Didier Martin.

ECOUTEZ LES 7 ENREGISTREMENTS PRODUITS A CETTE OCCASION:

1.ECOUTEZ LE DISCOURS DU MAIRE

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Vous aurez donc entendu monsieur le Maire  mettre à l’honneur une habitante d’Angicourt depuis 1973 dont voici quelques passages :

A la place de Lucienne, j’aurais pu dire Paule, Michèle, Lorette, ou Jeanine ; identités au gré des missions effectuées en tant qu’agent de liaison de la Résistance

Le Président de la République par décret du 5 avril 2017 a promu Lucienne Fabre à l’ordre national de la Légion d’Honneur, au titre d’ancienne résistante particulièrement valeureuse.

La reconnaissance par la Nation de ces actes de bravoure n’est que juste et justifiée.

En ce samedi 27 mai, c’est une journée symbolique; depuis 2014, journée nationale de la Résistance, en référence au 27 mai 1943, première réunion du CNR.

Cette journée permet également de rappeler aux jeunes générations l’engagement des hommes et des femmes qui se sont levés contre l’occupant nazi.

Femme à la mémoire infaillible, elle apportait son témoignage aux élèves; intarissable sur les noms , les dates, les lieux ; très attachée à la transmission de cette mémoire.

 

2.ECOUTEZ LE DISCOURS DU PREFET

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

 

Vous aurez donc entendu monsieur le Préfet  prononcer des mots forts dont voici quelques passages :

(Vers 5’) Aujourd’hui, c‘est votre courage à vous que je souhaite mettre en avant, ce courage qui vous a permis de réaliser toutes ces actions durant les années noires de notre pays

(Vers 12’40) Vous êtes Mme l’exemple des leçons et des devoirs que l’on doit retenir de ceux et celles qui se sont engagés dans la Résistance […]

le combat pour la liberté qui n’est jamais acquise pour toujours

enfin la leçon de l’esprit de la Résistance, c’est de croire toujours en l’avenir […]

parce que Mme vous représentez ces valeurs, et que votre vie a été exemplaire pendant ces années terribles, la République vous est infiniment reconnaissante et vous honore aujourd’hui, enfin, ai-je envie d’ajouter – [clap clap clap][porte-drapeaux, garde-à-vous !]

Lucienne Fabre-Sébart, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur [clap clap clap]

 

3.ECOUTEZ LE DISCOURS DES FILLES DE MME FABRE

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Vous aurez donc entendu les 4 filles prononcer ces émouvantes  paroles :

Maman,

Nous avons appris ta nomination au grade de chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur

Nous nous réjouissons de cette brillante distinction pour résistance valeureuse qui reconnaît l’action humaine et politique efficace que tu as mené au cours des années de guerre 1940-1945

Aujourd’hui, nous honorons ce moment historique, où, alors âgée de 20 ans, tu as risqué ta vie en participant activement à la Résistance.

Nous qui n’avons pas vécu cette période, avons du mal à nous rendre compte de tout le courage nécessaire pour participer à ces actions dangereuses et  réussir à passer à travers les mailles du filet.

Nous saluons ton engagement et le moral qu’il t’a fallu, ainsi qu’à tous les résistants, sachant qu’à tout instant vous pouviez être arrêtés, déportés, torturés.

4 ans dans ces conditions, et dans la clandestinité, c’est long, très long.

Nous pensons que nous pouvons associer à cet hommage notre père qui fut arrêté le 2 juin 1940 par la police française et eut le statut d’interné politique parce qu’il était communiste. Il restera 4 ans en prison et s’évadera en juin 44 grâce aux résistants des Alpes maritimes.

Tu as hérité du pacifisme de ton père, qui, mobilisé première guerre mondiale, n’a jamais cessé de dénoncer le caractère mortifère de la guerre et de l’utilisation politique qui en est faite.

Avec notre père, grand militant pour la paix, vous nous avez expliqué à votre tour vos engagements contre les guerres, y compris coloniales, et vos luttes quotidiennes contre les inégalités sociales.

Nous sommes conscientes d’avoir eu cette grande chance d’être nées dans un milieu communiste où on côtoie des gens de toutes conditions sociales et intellectuelles ; ce qui est un apport considérable pour notre enrichissement et notre apprentissage à comprendre le monde qui nous entoure.

Nous souhaitons très fort que nos enfants et petits-enfants s’emparent à leur tour de cet héritage et aient une vie riche dans un monde en paix.

Mais, malheureusement, rien n’est jamais acquis

La seconde guerre mondiale semble très lointaine aux jeunes générations qui, jusqu’à maintenant, ont vécu une vie paisible grâce à nos aînés.

Mais bien des menaces pèsent partout, en France, en Europe, et dans le monde. Ces menaces nous poussent à rester vigilants afin  de ne jamais revivre une guerre qui serait sans doute beaucoup plus meurtrière.

Comme l’a dit Paul Valéry, la guerre c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas.

Nous avons donc une pensée pour tous les peuples en guerre, qui souffrent et une pour les hommes et les femmes qui luttent courageusement contre ces guerres.

Maman, nous sommes ainsi heureuses de voir reconnues tes actions, ton dévouement et ton courage ; nous sommes fières de ton parcours et de l’hommage qui t’est rendu aujourd’hui et nous te félicitons très affectueusement pour cette haute distinction bien méritée.

 

4.ECOUTEZ LE DISCOURS DE L’ANACR

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Vous aurez donc entendu le Président de l’ANACR-Oise, Alain Blanchard, renchérir  pour appuyer quelques points clés:

Non sans l’humour…

Il était temps !

De tes camarades de Résistance qui ont été assassinés par la barbarie nazie.

De ton inlassable persévérance pour auprès des jeunes générations dans les établissements scolaires à l’indispensable et nécessaire travail de mémoire.

Retrouvez les articles mis en ligne par l'ANACR-OISE ICI avec notamment l'article 
«Lucienne Fabre-Sébart, au nom du Président de la République, … et en vertu
 des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fait Chevalier de la Légion d’honneur»…

 

5.ECOUTEZ LES COMMENTAIRES DE LUCIENNE FABRE-SEBART

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

 

6.ECOUTEZ LA DEDICACE

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

 

7.ECOUTEZ LE SPECTACLE ET SES CHANTS

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Vous aurez donc entendu la troupe théâtrale Souffler n’est pas jouer de Crisolles entonner quelques chants de circonstance entrecoupés de propos choisis:

Marseillaise

Internationale

Dans cette tempête grouillante de monstres, apparurent des hommes et des femmes d’une grande sagesse, d’un grand désintéressement, d’un patriotisme exemplaire allant jusqu’au sacrifice de leur vie pour stopper cette grande folie.

Cette sagesse s’appelle la Résistance française

Chant du partisan

nb: cette troupe connaît parfaitement le répertoire de la Résistance puisqu’elle a créé le projet « La Résistance des femmes en Picardie » que vous pouvez retrouver ICI.

 

Bientôt ici la vidéo produite en 2016 par Mme Govaerts dans le cadre du projet pédagogique qu’elle mène avec ses élèves, avec son aimable autorisation et celle des parents d’élèves.

Bientôt ici l’enregistrement produit au lycée Marie Curie le 29 mai 2015 grâce à la prise de son d’Hélène Boulanger Fabre remise à la radio le 2 septembre 2017.

 

Et puis ci-dessous, vous pourrez retrouver le témoignage écrit rédigé en1978 par Lucienne Fabre-Sébart, 1940, j’ai choisi, gracieusement distribué par la famille et proposé ici avec l’aimable autorisation familiale.

 

 

Lucienne Fabre-Sébart, dans 1940, j’ai choisi, a écrit en 1978 son témoignage et nous autorise à le communiquer.

Tout d’abord, en version extraits:

 

C’est le 15 octobre 1940 que je pris ma décision, après avoir bien réfléchi.

Il fallait que je fasse quelque chose pour aider tous ces Français, qui tous étaient d’honnêtes personnes de la région, à échapper à la police. J’étais frappée de stupeur devant ces agissements de sauvages que je ne pouvais pas admettre et ce fut décidé ! J’entrai dans la Résistance !

Je connaissais des Nogentais recherchés. Un soir, l’occasion se présenta : Marcel Deneux vint nous demander s’il pouvait passer la nuit chez nous. Mes parents accèptèrent tout de suite.

Le lendemain, Marcel savait qu’il pouvait compter sur moi. C’était le début et … petit à petit, nous nous enfoncions dans la guerre. C’est alors que commença pour moi cette grande aventure inattendue où, pendant ces cinq années, disparut une montagne d’êtres humains de toutes origines et de toutes opinions. Peut-on oublier tout ça ? Non !

Je sais bien que les récits de guerre sont durs, mais il faut que nos enfants le sachent, cette lutte gigantesque dans l’ombre fut terrible et longue, souvent épuisante, mais hardie et audacieuse. Nous étions très attachés à la vie et cependant, par moments, on jonglait avec, sachant que la mort nous guettait à chaque pas, aujourd’hui vivant, demain peut-être mort, tant pis !

Le travail des femmes fut de participer à tout ce qu’il était possible de réaliser. Faire des réserves de médicaments, apprendre à panser les blessures, prévoir des vêtements de rechange, participer à des reconnaissances lorsqu’une action était prévue. Cette expérience de la vie dans la nuit ne s’est pas faite en un jour, mais les femmes patriotes ont été mélées à presque toutes les actions offensives.

Mon jeune frère Jean, 12 ans, en culotte courte, transportait des messages dans ses chaussettes en ayant l’air de faire un petit tour en vélo.

Un jour, sur les routes de l’Oise, j’avais 25 kilomètres à faire à vélo, la neige se mit à tomber. Avec la neige, mes pneus brûlèrent, impossible de les réparer. Il m’a bien fallu rentrer à pied. De temps en temps, lorsque je voyais une meule de foin, je m’y réfugiais pour me réchauffer un peu. La route est longue seule à marcher dans la neige en traînant un vélo.

Un jour d’octobre 1942, j’allais en train à Lisieux. En cours de route montèrent une quarantaine d’Allemands: on savait que c’était la fouille. J’étais porteuse de stencils écrits car c’était à Lisieux que nous devions tirer les journaux clandestins. J’avisai un vieux monsieur près de moi avec un énorme parapluie. Il me sembla que les stencils pouvaient entrer dans le parapluie. En effet, je me débrouillai adroitement pour y glisser mon paquet. Comme les Allemands fouillaient surtout les poches, les valises et les sacs, ils ne touchèrent pas au parapluie. De toute façon, je n’avais pas d’autre possibilité car ils fouillaient à l’allure d’une échappée de sauvages, et pris sur le vif, il nous fallait trouver la solution très vite. Ils ont emmené une dizaine de personnes pour vérification d’identité. J’ai repris adroitement mon petit paquet et le vieux monsieur n’a rien vu. Pour moi, ce jour là, ce fut le parapluie de la chance.

La chance ou la malchance tenait à un réflexe !

Un jour que je transportais une machine à écrire sur mon porte-bagage et, dans mes sacoches pas mal de matériel, le facteur chance joua pour moi en la personne d’un brave vieil homme qui, me voyant chargée, crut que j’avais trouvé du ravitaillement et me dit : »Petite demoiselle, vous devriez faire demi-tour car là, au bout de la rue, les Allemands fouillent tous les gens qui passent, il paraît que des terroristes ont fait sauter un train d’Allemands. » Je rebroussais vite chemin en remerciant ce vieil homme qui n’a jamais su que je lui dois la vie ! Le matériel que je transportais ce jour là sur mon vélo aurait pu me réserver un triste sort  !

Pour nous faciliter la tâche, nous prenions des prénoms que l’on pouvait confondre avec des prénoms masculins: Daniel, Paul, Michel etc… Avec ce petit système, les Allemands et la Police cherchèrent longtemps … des hommes ! Nous avons gagné beaucoup de temps. Moi-même, j’ai été recherchée sous le nom de Michel. Ils cherchaient un garçon. J’ai eu le temps de partir ailleurs.

On m’appela Michèle

A Dreux, nous avons apprécié l’aide d’un imprimeur qui ne fit pas vraiment de résistance, mais nous  alimenta gratuitement en rames de papier pour nos journaux clandestins. C’était important, car le papier était rare, à chacun son mérite ! Simone, femme de fusillé, avait bien expliqué à cet homme l’utilisation de  ce papier. Il continua.

Par un heureux hasard, je fis la connaissance d’un camarade boulanger qui tenait à se rendre utile. Il tombait bien à propos, alors que le pain était une denrée rare. Il venait tard après son travail nous apporter de gros pains car, en cette période, beaucoup de clandestins n’avaient pas de tickets. Chacun, suivant son métier, apportait sa caution.

Des moutons, en Bauce, il y en avait partout. Loulou était berger. Comme tous les bergers il était ambulant, pour nous c’était bien pratique. Nous savions toujours où il était: huit jours par-ci, huit jours par-là. Son adresse: « Dans les champs ». Dans cette petite voiture qui lui servait de maison, il en a reçu des clandestins ! Il disait: « ici la nature nous appartient ». Dans les petits villages que nous n’avions pas la possibilité de toucher, c’était lui qui connaissait les villageois et savait où s’adresser pour demander de l’aide, et elle fut toujours efficace.

Nous étions en avril. Il y avait eu des arrestations. Nous manquions de camarades sûrs, on me demanda un service exceptionnel.  » Transporter un paquet de dynamite bien ficelée n’est pas dangereux » me dit le camarade responsable, « il faut tout de même faire attention ». Me voilà partie en pantalon long lorsque j’aperçois au loin une fouille. Je retirai vite mon paquet qui était dans la sacoche de mon vélo et le glissai sur mon ventre, ce qui m’arrondit avantageusement.

Voyant que j’étais un peu gênée, le Feldgendarme me dit « Vous, madame, bébé ? – Oui monsieur ! – Vous, partir, pas fouiller vous ! » J’ai remercié discrètement et suis partie sans plus attendre en me disant avec une peur bleue: le responsable des FTPF m’a précisé: attention, la dynamite ça saute à la chaleur ». J’ai vite retiré mon paquet, j’avais tellement chaud que je croyais qu’il pouvait exploser.

Arriva le 14 juillet 1943. La Résistance décida de fleurir le monument à la gloire des Francs-Tireurs de 1870 à Chateaudun en y associant nos martyrs massacrés chaque jour. Je fus désignée pour ce travail avec les « Femmes Patriotes ». La nuit, après le couvre-feu, je partis longeant les murs – nuit d’encre – heureusement ! Trois amies arrivèrent au monument, juste à minuit, l’immense drapeau tricolore, confectionné par leurs soins, fut enroulé autour de la statue  tandis que des gerbes de fleurs avec inscriptions patriotiques étaient déposées bien en évidence. D’autres femmes avaient pour travail la distribution de tracts tricolores et le collage d’affiches sur les murs de la ville.

Le lendemain, les Allemands firent de grandes menaces aux habitants mais ne surent jamais que les femmes avaient agi cette nuit là. Chacune ayant sa tâche bien définie. Avec prudence et sagesse, elles firent leur devoir de patriotes résistantes. Un peu plus tard, dans le dépôt SNCF, les FTPF faisaient sauter sept machines qui devaient partir en service pour les Allemands. Ce fut du beau travail, la colère des ennemis en fut la preuve.

1943  fut une année terrible pour les résistants car la répression se faisait plus dure à mesure que l’armée allemande essuyait des échecs, souvent écrasants, sur le front russe. Leur armée se disloquait alors ils semèrent la terreur. Nos résistants arrêtés subirent des tortures incroyables, les déportés furent nombreux à partir pour les camps de la mort et disparurent à jamais, broyés par la plus implacable férocité de l’hitlerisme dont l’imagination diabolique nous dépasse encore à l’heure actuelle. Les guerres ne sont jamais humaines, celle de 1945 nous a fait toucher le fond de l’abîme.

On m’appela Laurette

Et Noël arriva ! Cette année 1943 avait été très dure pour la Résistance, il n’y avait aucun répit, chaque jour nous apportait de terribles nouvelles. C’était la veille de Noël, je me trouvais sur la route qui va à Saint-Rémy et mon pneu était crevé. Il faisait un froid triste, tout était gris, j’étais très chargée. Voici qu’arrive un camion de militaires allemands partant vers la côte. Ils chantaient à tue-tête. Un Noël, pour eux, était une grande fête. Le camion s’arrête, on me propose de monter ! Je refusai, mais le chauffeur qui parlait bien français insista pour me déposer à Saint-Rémy,  ma destination. Ils se tassèrent pour laisser la place à mon vélo et, ensemble, nazis, moi la Résistante et tout mon matériel de propagande anti-allemande, roulâmes plusieurs kilomètres. J’avoue que le petit voyage me parut long. En descendant mon vélo, ils me firent de grands  » Au revoir Fraulein ». J’ai dû bénéficier de leur euphorie: ils étaient d’une grande amabilité. Je considère ça comme un fait d’armes. C’était sûrement mon cadeau « du Père Noël ».

Le cimetière de Villers-Bretonneux compte, à lui seul, des milliers d’inconnus morts pendant la guerre de 1914-18. C’est près de ce cimetière que j’ai failli périr encore une fois. Un combat d’avions Anglais et Allemands s’était engagé au-dessus des champs, les mitrailleuses crépitaient et, pour être plus légers, les deux avions se délestaient de leurs petites bombes qui explosaient dans les champs environnants. Je me suis allongée derrière une butte de terre et j’ai mis mon vélo au-dessus de moi en attendant l’issue du combat. Je suis sortie de ce combat sans une égratignure. Comment appeler ça si ce n’est pas de la chance !

Mars 1942.  Paris fut ma dernière étape. On m’appela Jeanine

Je pris contact avec mon responsable, Rochet, en liaison directe avec le Colonel Fabien, Rol-Tanguy et plusieurs autres militaires.

Traverser Paris de long en large c’était encore autre chose ! C’est ainsi que j’eus à transporter une mitraillette démontée sous ma cape bleu-marine, bien pratique, sur laquelle j’avais toujours mon insigne de la Croix-Rouge. Je descends dans le métro. Fouille. Comment faire ?  Les Allemands étaient là avec les feldgendarmes. Trop tard pour faire demi-tour, chaque sortie était gardée. J’étais près du chef de station qui s’absenta quelques instants, juste le temps pour moi de déposer mon paquet sous la petite table, à l’intérieur de sa cabine. Personne n’avait rien remarqué: j’avais agi finement. Je fus donc fouillée comme tout le monde, mais n’ayant rien d’anormal sur moi, je fus autorisée à partir. Je pensai à mon arme, précieuse marchandise, si rare. Il fallait absolument que je la récupère. Les fouilles duraient quelquefois une heure ou deux. Je revins deux heures après, tout était terminé, je m’approchai du chef de station, repris mon paquet en m’excusant auprès de ce brave homme et mis mon doigt sur ma bouche: chut !!! Je partis rapidement me perdre dans la foule afin d’apporter rapidement le précieux paquet que les FTPF attendaient.

Paulette fut cette simple et grande amie avec qui j’eus l’occasion de travailler à Paris. Un jour que nous avions un paquet à échanger, nous nous retrouvâmes à Belleville. Il se trouva là un policier français pour me demander ce que je faisais là ( la plaque d’immatriculation de mon vélo indiquait que je vivais dans l’Oise). Avec Paulette, nous avons fait comme si nous ne nous connaissions pas. Je dis au policier : « Je demandais à Madame de me tenir mon vélo quelques minutes, le temps d’aller chez le pharmacien » et en confidence j’ajoutais  » j’ai des petits ennuis. » Se rendant compte de son indiscrétion le policier se proposa de tenir mon vélo. Mon paquet ne pouvait pas être mieux gardé ! Et ce policier curieux tenta d’engager la conversation. « Vous comprenez me dit-il, il se passe tellement de choses en ce moment avec la Résistance, il y a de plus en plus de terroristes ! » « Oh ! Vous savez moi Monsieur, je ne connais rien à tout ça !  » Je le remerciai pour son amabilité d’avoir gardé mon vélo et partis sur le champ porter mon paquet à Paulette qui me guettait inquiète. Ce jour-là, « le petit paquet » c’était des grenades.

Je citerai encore ce jour où j’avais rendez-vous avec Annette, une amie agent de liaison, qui devait me remettre trois grenades. Nous appelions ces petits engins des « oeufs de Pâques ». Elle me remit donc le petit colis quand brusquement nous fûmes surprises par une fouille de policiers français-allemands. Annette me dit très vite: »On ne se connaît pas » et elle part. Moi, qui était là avec les « oeufs de Pâques », je pensais: « Ca y est, je suis fichue, comment m’en sortir ?  » L’entourage policier était tel qu’il n’était pas possible de s’échapper. Mon cerveau fut soumis à rude épreuve pour trouver une solution. Mais rien, il n’y avait rien. C’est alors qu’un lieutenant de police français vint vers moi et me dit:  » Ah! Mademoiselle, vous êtes de l’Oise ? ( les vélos avaient une plaque d’immatriculation à cette époque). Oui Monsieur, répondis-je » Et le voilà parti dans une description des petits villages des environs de St Just en Chaussée où il allait se ravitailler. Il fut tellement heureux que je ne fus pas fouillée et il me donna   » sur ma bonne mine  » le petit papier mauve. Le petit papier mauve était un ticket indiquant que nous  venions d’être fouillés et que le barrage devait nous laisser passer,  incroyable !  J‘en avais des suées !  Et je passais le barrage le plus tranquillement du monde, avec mon petit ticket mauve … et les grenades. Je ne risquais plus rien, entre policiers on se faisait confiance.

 

Puis en version intégrale: 42 pages téléchargeables en cliquant ci-après: 1940, j’ai choisi, Lucienne Fabre-Sébart.

 

Lucienne Fabre-Sébart a dicté ses remerciements et a vérifié au mot exact chacun de ses propos que voici:

Aujourd’hui 27 MAI 2017 Journée Nationale de la Résistance, je suis très touchée de recevoir cette distinction pour moi même et que je partage avec tous mes Camarades de la grande et courageuse Résistance, qu’ils soient disparus ou encore avec nous.

Nous avons partagé tant de choses pendant des années de lutte, dans l’ombre, par tous les temps, dans toutes circonstances, malgré les dangers journaliers.

Je remercie Monsieur le Préfet d’être à nos côtés en ce 27 MAI, ainsi que Monsieur DELAGRANGE, maire d’Angicourt à l’origine de cette distinction.

Je remercie affectueusement toutes les personnes présentes, Famille, Amis, adhérents de l’ANACR, de l’ARAC, de la FNDIRP, et des associations d’anciens combattants, Monsieur ODENT directeur de l’ONAC Oise.

Je remercie également Jean-Pierre Bosino sénateur maire de Montataire, Alain Boucher maire de Monchy-st-Eloi.

En ce jour, j’ai aussi une pensée profonde pour Jean-Pierre BESSE, historien, à l’origine des recherches historiques sur la Résistance de l’Oise, qui ont permis d’aboutir à la parution de plusieurs ouvrages, dont celui sur la mort de près de 800 personnes, Résistants, Otages, Civils victimes des troupes d’occupation «Ils ont fait le sacrifice de leur vie…le prix de la Liberté dans l’Oise de 1940 à 1945».

Pendant plus de dix ans les membres de la commission d’histoire de l’ANACR ont parcouru toutes les communes de l’Oise à la recherche d’informations.

Je remercie Monsieur Denis MARTIN historien accompagné de son épouse. Ils étaient venus spécialement recueillir mon témoignage en 2015 sur ma Résistance en Eure et Loir qui a duré plus de huit mois.

Tous les ans, le 27 MAI doit rappeler la Mémoire des Résistantes et des Résistants qui ont participé à la LIBÉRATION de la FRANCE.

Nombreux, très nombreux sont morts, pour que nous soyons libres.

Lucienne Fabre Sébart

Angicourt, le 27 Mai 2017